Maîtrisez le gambit Morra: le guide indispensable

L’ouvrage de Marc Esserman, intitulé « Mayhem in the Morra! » (traduit en français par « Déchaînez le chaos avec le gambit Morra ! »), a suscité un vif intérêt et reçu de nombreuses critiques positives. Nous vous proposons aujourd’hui une analyse de ce livre, réalisée par le maître international américain John Donaldson, qui est également journaliste et auteur d’une quarantaine d’ouvrages consacrés à divers aspects du jeu d’échecs.

Lorsqu’il s’agit de développer une ouverture à partir de zéro, tout le monde se souvient du travail pionnier de Botvinnik dans la variante Winawer de la défense française et l’Anti-Meran (5…dxc4), des recherches impressionnantes de Polugaevsky dans la variante qui porte son nom dans la Najdorf, et de ce que Benko a fait pour promouvoir son célèbre gambit, mais c’était une autre époque. Sûrement, personne aujourd’hui ne pourrait revendiquer avoir entièrement révisé une variante importante tout seul. Ou peut-être que si ?

Le MI américain Marc Esserman, dans son ouvrage révolutionnaire « Mayhem in the Morra! », ne fait pas une telle affirmation, mais rarement une personne a eu autant d’influence sur la renaissance d’une variante longtemps considérée comme morte. Esserman a défendu le Smith-Morra pendant de nombreuses années en tant que joueur, et maintenant il le fait en tant qu’écrivain et théoricien avec son « Mayhem in the Morra! ».

Esserman, qui a battu plusieurs grands maîtres de manière spectaculaire après la séquence commençant par 1.e4 c5 2.d4 cxd4 3.c3, s’est vraiment fait connaître lorsqu’il a battu le Néerlandais Loek Van Wely, classé 2700, en 2011. Cette partie, jouée à l’Open américain à Orlando, a commencé par 1.e4 c5 2.d4 cxd4 3.c3 dxc3 4.Cc3 Cc6 5.Cf3 e6 6.Fc4 a6 7.0-0 Cge7 8.Fg5 f6 9.Fe3 Cg6 10.Fb3 b5 11.Cd5!!. Ce sacrifice de cavalier, comme Esserman l’explique dès le début de l’introduction (pages 18-19, il a 8 diagrammes – six avec Cd5 et deux avec Fd5), est absolument essentiel à la justesse du Morra. Les Blancs le jouent ou ils sont moins bien. Maintes et maintes fois, ce sacrifice tranchant est la réponse à de nombreuses réponses traditionnelles des Noirs dans le Morra.

L’idée de Cd5/Fd5 est l’une des principales contributions d’Esserman au Morra, l’autre étant le placement des pièces blanches. À la fin des années 1960 et au début des années 1970, lorsque Ken Smith popularisait le gambit (d’ailleurs, c’est dommage que son nom ait été retiré du titre en raison de son rôle important en tant que champion du gambit, mais pour être juste, son jeu à San Antonio en 1972 a beaucoup contribué à le faire reculer), l’approche automatique pour les Blancs était Fc4, 0-0, Fg5, De2, Tfd1 et Tac1. Cela fonctionnait bien contre les défenses traditionnelles, mais pas contre certaines lignes spécifiques qui profitaient de ce manque de flexibilité. Esserman ne veut rien avoir à faire avec l’ancienne approche. Ses lignes voient parfois le fou de la dame blanc aller en g5 et dans d’autres cas en f4 ou e3. Parfois, les Blancs optent pour un Cg5 précoce. Bien que De2 soit standard dans une ligne, elle va en c2 ! Le jeu concret est la norme.

« Mayhem in the Morra! » est utile non seulement pour les nombreuses idées et nouveautés théoriques qu’il propose, mais aussi pour ses explications stratégiques. Esserman pense que le gambit Morra n’est pas qu’une question d’astuces bon marché, mais qu’elle a un fondement positionnel profond. Il fait un excellent travail d’explication des subtilités de cette ouverture qui va bien au-delà de la simple présentation de l’état de la théorie telle qu’il le voit.

La majeure partie de ce livre est consacrée au Morra accepté, mais une couverture du Morra décliné est également proposée. L’analyse d’Esserman sur 3…d3 et 3…d5 est excellente, mais 3…Cf6 (qui pourrait faire l’objet d’un livre séparé) n’est pas aussi approfondie que son travail sur 3…dxc3.

« Mayhem in the Morra! » n’est pas un livre qui offre des opportunités égales. Les lecteurs ne trouveront aucune suggestion directe sur la meilleure réponse des Noirs au Morra. Esserman est un champion sans réserve du 3.c3 qui vit pour le Morra, et le langage de ce livre le reflète. Cela dit, il ne manque pas d’objectivité. Il y a de nombreuses lignes qui se terminent par des positions peu claires jouables pour les Noirs, le choix étant une question de goût.

Le monde des échecs a la chance que Marc Esserman ait écrit ce livre et que son premier entraîneur professionnel, le MI Calvin Blocker, l’ait présenté à ce gambit et l’ait encouragé à persévérer.

Fortement recommandé.

John Donaldson

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